La petite chambre qui donnait sur la potence

Laissez-moi vous en parler :

Comme je n’étais pas un spécialiste de Nathan Katz, mon grand-père de cœur, je ne connaissais que ses poèmes en Elsasserditsch et, il y a quelques années encore, « Das Galgenstüblein » n’était pour moi qu’un titre que je voyais apparaître de façon récurrente dans sa bibliographie.

J’avoue que le titre ne m’attirait pas : pour tout dire, le mot Galgen ne m’était pas familier ; je percevais juste confusément la chaleur du mot Stüblein, la Stuba de mon enfance, m’imaginant vaguement que c’était un recueil de récits de veillées, lorsque les anciens allaient z’chalte !

Le déclic a eu lieu alors que je relisais avec Mme Sieber, l’universitaire experte du poète majuscule du Sundgau, ma traduction d’Annele Balthasar.  Lorsque je lui ai expliqué que je traduisais des récits de prisonniers de la 1ère guerre, elle m’a appris que Nathan Katz aussi avait été prisonnier en Russie. Mon œil s’est aussitôt allumé et j’ai demandé s’il en avait parlé : « …Eh ben ! Il y a Das Galgenstüblein ! » 

J’ai eu la chance d’en dénicher un vieil exemplaire, qui m’a fait aller de découverte en découverte ! Première surprise, tout le recueil est en allemand, alors que je pensais que Katz n’avait écrit qu’en alsacien… Très vite j’ai été ébloui par l’humanité et la bonté qui se dégageaient de ce texte.

Là où d’autres prisonniers se seraient plaints et auraient décrit un univers carcéral, le jeune Nathan de 23 ans s’émerveille de la beauté de la pluie qui brille sur la potence (der Galgen !!!), qu’il voit depuis la petite pièce dans laquelle il dort dans le camp de prisonniers en Russie … « Je ne peux m’empêcher de rire à la vue de la potence. La bonne vieille potence !… Complètement ramollie par la chaude humidité, elle est recouverte de part en part de petites gouttelettes de pluie brillantes. »

Ces récits de prisonnier sont entrecoupés de poèmes qui disent la vanité et la petitesse de nos petits tracas quotidiens lorsqu’on les mesure à l’aune du temps qui passe (Les couronnes), et qui disent aussi le goût du poète pour les petites gens (Enfants d’ouvriers , Chants de journaliers)  et pour les choses simples ( Pluie de printemps ).

Le sous-titre du recueil, « Un combat pour la joie de vivre », est une exhortation à ne pas baisser les bras, même dans un camp de prisonniers, (« Je me bats contre moi-même, je me bats contre ce qui m’habite, je me bats pour conserver la joie de vivre, et je sais que de ce combat-là, je sortirai vainqueur. »), une invitation aussi à célébrer « la joie et l’enthousiasme d’être vivant » et à savourer  la vie qu’on partage avec ses frères en humanité, en communion avec tout le monde animé.

On y trouve en germe tout ce qu’il développera dans son œuvre : la célébration de la vie, le désir d’une fraternité universelle, l’amour viscéral de la Heimat : « Terre d’Alsace, pays du Sundgau ! Beau pré vert dans lequel on peut s’allonger comme un bienheureux, tout au cœur des fleurs ! il n’existe au monde nul endroit, nul endroit qui te ressemble ! », amour qui n’empêche pas l’ouverture aux autres cultures ; les terres étrangères ne sont-elles pas, elles aussi, la Heimat d’autres humains ? « Celui qui aime vraiment, du fond du cœur, sa terre ne pourra jamais devenir chauvin. Il doit bien ressentir un tant soit peu que les autres aiment et tiennent pour sacrés leur propre foyer, leurs usages et la terre de leur Heimat ! »

Un bijou d’humanité et de poésie…

La presse en parle :

L’Alsace – 23 octobre 2020
L’Alsace – Août 2020

L’écrivain Patrick Corneau en parle sur son site :

L’éditeur en parle :

Où le trouver ? Où se le procurer ? (16€)

– chez moi : m.spieser[at]orange.fr

– chez l’éditeur : http://www.arfuyen.fr/

– en librairie

– sur les grands sites de vente en ligne : Fnac, Amazon …